Témoignage d’Anciens : l’environnement ?

Dossier sur l’environnement

Suite à une discussion soutenue sur le canal des Anciens ([email protected]), le Cercle a décidé de se rapprocher de vous en vous donnant publiquement la parole par l’intermédiaire du e-Journal.

Le thème retenu ce mois-ci est donc votre thème, celui que vous avez soulevé et qui intéresse chacun d’entre nous au quotidien : l’environnement.

En essayant de demeurer sur des fondements scientifiques ou simplement pratiques, avec toutefois une totale liberté et franchise dans leurs propos, ce sont 2 participants actifs à cette discussion que votre magazine est allé interviewer : Cyril Deschamps et Nathalie Zaouter.

Données concernant les interviewés :

| Identité | Cyril Dechamps |
| Promotion de sortie EISTI | 1994 |
| Autres formations | — |
| Société, lieu | SAP AG à Walldorf – Allemagne |
| Poste occupé | Ingenieur Architecte Software |
| Domaine | Edition logiciels |

et

| Identité | Nathalie Zaouter |
| Promotion de sortie EISTI | 2000 |
| Autres formations | — |
| Société, lieu | ATOS ORIGIN, Branche Intégration à Paris – France |
| Poste occupé | ingénieur d’études |
| Domaine | SSII |

Entrons dans le vif du sujet :

2πr – Pour préciser un peu le cadre dans lequel tu évolues, quel poste occupes-tu ?

Cyril Dechamps (C.D) : Je m’occupe du design, de l’architecture et du développement en Java sur des logiciels de CRM.
Je suis en poste à Heidelberg en Allemagne depuis 6 ans, toutefois j’étais en mission pour SAP Tokyo au Japon en 2000 et 2001.

J’essaie de faire un travail très propre pour ma société, tout en gardant un bon équilibre entre ma vie privée et ma vie professionelle. Je fais beaucoup de sport dans la nature en montagne et je m’occupe beaucoup de ma famille ! Je suis marié (ma femme est japonaise) et ma petite fille est née il y a 5 jours.

Nathalie Zaouter (N.Z) : En tant qu’ingénieur d’études, j’évolue usuellement au sein d’une équipe sous la responsabilité d’un chef de projet. Je suis amenée à me déplacer chez les clients afin de développer des applications qui répondent exactement à leurs besoins. Souhaitant prendre plus de responsabilités et en accord avec ma hiérarchie, l’audit d’une application liée à la gestion des chèques en France m’a été confiée. J’ai également proposé des améliorations techniques et logicielles afin de résoudre les problèmes existants. Je les mets en place actuellement.

2πr – Qu’est-ce qui t’a conduit à te sensibiliser aux problèmes environnementaux ?

(C.D) : C’est un problème qui me préoccupe depuis longtemps car j’ai grandi à la campagne… proche de la nature. Je fais aussi, comme je l’ai précisé plus haut, beaucoup de sport en pleine nature. Les catastrophes de plus en plus fréquentes dues aux changements climatiques m’inquiètent de plus en plus. J’ajouterais que ce qui m’inquiète encore plus, ce sont les oeillères que la plupart de mes collègues, mes anciens camarades de l’EISTI 😉 ou encore politiciens ou amis, se sont mises afin de ne pas regarder les choses en face. Il y a une réelle volonté de fuir ce problème, alors que nous n’avons pas le choix : il faudra l’affronter tôt ou tard, dans la mesure où nous pourrions bien être submergés par l’océan, ou nos enfants tomber malades ou mourir de la pollution ou du manque d’oxygène, ou subir des tempêtes terribles tuant nos proches… j’en passe et des meilleures.

Moralité, ca ne coûte pas plus cher d’agir tôt : notre bien-être ne peut qu’y gagner !

Je concède que le fait d’avoir mon premier enfant maintenant ne fait qu’augmenter mon sentiment 😉

(N.Z) : Ce qui m’a conduit à m’intéresser à l’environnement… le bon sens : sans eau propre et oxygène, l’espèce humaine est à long terme condamnée. Etant donné ce qui se passe en Bretagne, aux Etats-Unis, en ex-URSS… depuis des années, on se rend compte des capacités humaines à détruire sans songer à l’avenir.

Le résultat est là : nappes phéatiques et terres polluées, produits de faible qualité nutritive et chimiquement enrichis, mer asséchée, perturbations climatiques, forte diminution du nombre de poissons en mer, augmentation des tonnes de déchets dont on ne sait que faire…

Ma sensibilisation à l’environnement n’est qu’une part de mon intérêt pour ce qui se passe dans le monde, de notre façon d’agir et de l’avenir que nous créons.

2πr – Ingénieur : le mauvais élève de l’Environnement. Vrai ou faux ?

(C.D) : Je ne pense pas que ce soit l’ingénieur forcément, mais la plupart des gens qui assument des responsabilités dans l’industrie. Ces personnes sont tenues par un système qui ne voit que le profit comme valeur prioritaire et rien d’autre…

Je pense aussi que notre génération a été un peu manipulée et élevée dans la peur du chômage ainsi que de la crise économique.

Par conséquent, tout le monde pense que le bonheur de la France et des autres pays passe par une économie lucrative ainsi qu’une réussite sociale dans l’entreprise. Cependant, je crois que c’est faux. Il existe bien d’autres valeurs plus nobles et beaucoup moins égoistes qui nous donneraient bien plus de bonheur. Moins de matériel et d’argent nous feraient beaucoup de bien, je pense. De même, s’occuper un peu plus des autres et de choses que nous partageons tous (comme l’environnement par exemple) procure beaucoup plus de bonheur que de passer son temps à se regarder le nombril et essayer que sa petite personne devienne quelqu’un avec un beau compte en banque, une belle voiture, les stock options, un beau costume et un beau bureau ! Est-ce si noble d’être si égoiste et imbu de sa personne ? Je crois qu’il y a beaucoup plus d’honneur à passer sa vie à s’occuper des autres et des sujets de communauté, plutôt que de consacrer tous ses efforts à caresser son ego… surtout quand on occupe un poste à responsabilité et qu’on a le pouvoir de décision. Utilisons le à des fins utiles !

(N.Z) : L’attention portée à l’environnement n’est pas liée à un métier. Pour ma part, c’est l’affaire de chacun.

A quoi cela sert-il de vouloir devenir millionnaire, d’inventer de nouvelles technologies si cela détruit notre environnement, rendant la qualité de vie plus difficile et si nous ne pouvons pas en profiter. Chacun doit se poser la question de savoir ce qu’il laissera à ses enfants ou même s’il peut faire face à sa conscience. Chacun de nous participe à la création du monde futur. Il nous faut nous interroger sur ce que nous voulons qu’il soit ! Après c’est à chacun de prendre ses responsabilités, de faire ses choix et de les assumer en toute conscience.

2πr – Quel est le rôle présent ou futur de l’ingénieur pour améliorer l’environnement ?

(C.D) : Il est certainement très fort. L’ingénieur a un poid énorme sur le reste de la société : il est à la base de la fabrication de tous les agents qui nuisent à la planète et il a de plus en plus de pouvoir de décision au fur et a mesure que sa carrière évolue. Plus il sera sensible à ce problème, plus on a de chance de voir l’industrie prendre en compte cette problématique.

(N.Z) : Le rôle de l’ingénieur est d’inventer. Charge à lui de créer des technologies qui répondent aux besoins et qui ne nuisent pas à notre qualité de vie.

2πr – De nouvelles technologies sont sans cesse mises au point pour préserver notre planète. Est-ce que la sensibilisation à l’environnement doit, selon toi, être abordée dans le cursus de l’EISTI ?

(C.D) : Je pense que ca devrait être abordé à l’EISTI, mais surtout dans toutes les écoles primaires, collèges, lycées où l’on peut inculquer les bonnes pratiques environnementale et mettre en garde contre le gâchis.

(N.Z) : Bonne question… mais n’ayant pas eu beaucoup de temps de loisirs au cours des trois années de formation afin de faire tous les projets de A à Z et de suivre l’ensemble des cours de notre cursus (très complet), je me demande concrètement comment une plage horaire pourrait être dégagée.

2πr – Quels sont tes conseils pour améliorer la situation actuelle ?

(C.D) : Je pense que chacun a un rôle très important à jouer.

Personnellement, j’évite de prendre la voiture à chaque fois que je peux me déplacer avec les transports en commun ou en vélo. Je parle au maximum de ce problème autour de moi. Ca semble petit, mais ca fait avancer les choses un petit peu et ca sensibilise les gens. Certaines moqueries apparaissent, mais les gens dans l’ensemble savent que j’ai raison dans le fond. C’est pourquoi leur raviver un peu de mauvaise concience ne peut pas être négatif.
Je trie les poubelles, éteins les lumières et les appareils électriques. Je vote aux élections pour des gens qui ont un programme écologique.

Dans l’ensemble, mon changement de comportement ne m’a pas du tout rendu plus malheureux et les efforts ne sont pas difficiles. Je souhaiterais que les autres gens fassent comme moi ; qu’ on arrête d’éclairer toutes les villes du monde toute la nuit, qu’on essaie d’utiliser l’énergie solaire, hydraulique etc, qu’on ait le courage d’affronter l’industrie pétrolière et automobile qui ont pris un pouvoir plus important que les pays, qu’on développe à fond toutes les technologies qui sont là. J’aimerais aussi que tous les pays (surtout les pays riches) signent le protocole de Kyoto et Johannesburg et qu’ils se deplacent au moins…

Enfin, il faudrait que l’environnement devienne la première priorité des peuples (ca le deviendra, c’est sûr ! Mais j’espère qu’il ne sera pas trop tard). Quand l’insécurité est la priorité numéro 1 des hommes, les politiques bougent !
Pour l’environnement, ca sera la même chose. Ca ne passe que par nous, le peuple, donc par chacun de nous. Ca n’est pas une fatalité, ca n’est pas un problème politicien : c’est notre responsabilité toute entière.

(N.Z) : Je n’ai pas de conseils à donner : chacun doit juste assumer ses choix en pensant à l’avenir qu’il construit.

2πr – Merci pour toutes ces précisions !

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